3:00 am, la nuit est déjà tombée depuis des heures sur le continent. Vue d’un satellite, l’Afrique est bien sombre et vide. Seuls quelques points étincelants laissent apparaître des signes d’électrification. L’île de Bishop Kodij, au Nigeria, ne connait plus ce problème. Premier à bénéficier du projet d’énergie solaire pilote du gouvernement de Lagos, le village de 5000 habitants jouit depuis fin 2007 des avancées de l’électricité solaire. Il peut ainsi procéder aisément au pompage et au stockage d’eau potable, utiliser de petits appareils de haute technologie de type TV, Radio disponible dans le centre communautaire, éclairer écoles, mosquées et églises. Il dispose également depuis peu d’un système de séchage de poisson solaire. De nombreux projets du même type ont vu le jour sur tout le continent. L’énergie solaire parait en effet une des clés du développement économique et social. Le climat tropical et subtropical fait de l’énergie solaire une des alternatives les plus viables sur le continent, surtout pour les zones rurales, bien souvent non connectée aux réseaux électriques nationaux.
Projets gouvernementaux ambitieux et partenaires internationaux.Nombreux sont les gouvernements qui ont désormais pris le pli et le partie de développer l’utilisation de l’énergie solaire. En juillet 2005, la première dame du Rwanda Jeannette Kagame lançait le projet Solar Light Africa, avec pour objectif que tous les villages du pays soient pourvus d’énergie solaire. Depuis, plus d’une centaine de systèmes solaires d’éclairage ont été installés dans différentes provinces du pays. Même constat au Mozambique, ou un projet vient d’être lancé fin 2007 par le fond d’énergie national, il serait dans un premier temps destiné à 300 écoles et dispensaires. Au Mozambique, seuls 2% de la population a accès à l’électricité. Au Nigeria, fort du succès du projet pilote de Bishop Kodij cité plus haut, le gouvernement du Lagos a mis en place en Janvier dernier un plan de développement de l’énergie solaire, qui s’adressera à une dizaine de communautés.
Or il est bien clair que l’électricité est un facteur permettant des transformations socioéconomiques importantes dans les zones rurales comme urbaines. Elle accélère le développement en facilitant le travail agricole comme industriel, participe à l’éducation notamment grâce à l’utilisation de systèmes informatiques, et également à l’amélioration du système de santé qui repose éminemment sur les systèmes réfrigérants (notamment pour les vaccinations) et sur le matériel médical. On ne peut donc que se réjouir de cette nouvelle tendance qui semble se répandre sur tout le continent.
Notons tout de même que ces développements se font presque systématiquement en collaboration avec des partenaires venus du monde entier. Allemagne, Japon, Etats-Unis, nombreux sont les gouvernements qui soutiennent par le biais de programmes, le développement de l’énergie solaire. En 2002, un projet similaire à celui de Bishop Kodij avait vu le jour dans les villes d’Abuja, Ondo et Jigawa, avec l’aide du gouvernement japonais. L’équipement lui-même est le plus souvent fabriqué à l’étranger. Ceci tient simplement au fait que les fabricants majeurs de cellules photovoltaïques sont des producteurs étrangers tels que BP Solar (UK), Yingli Green Energy (Chine), Kyocera (Japon), Q-Cells (Allemagne)…Des producteurs nationaux existent également, mais ils ne travaillent pas a la même échelle. Devant l’investissement lourd que représente l’utilisation de panneaux photovoltaïques, les gouvernements cherchent désormais à réduire les coûts de départ. Le gouvernement angolais s’apprête ainsi à introduire des équipements venus de Chine dans la province d’Uige, la technologie chinoise semble ainsi répondre à la demande des officiels.
Un contexte économique sans précédent. Il faut dire que la conjoncture est plus que favorable à ce type de développements en Afrique, comme dans le monde. La flambée des prix du pétrole et les perspectives énergétiques ne laissent pas d’autres choix aux gouvernements que d’accélérer le développement d’énergies renouvelables. La croissance économique que connait le continent indique que les besoins énergétiques seront démultipliés dans les 10 années à venir. Anticiper cette accélération des besoins est nécessaire, faute de quoi de nombreux pays se retrouveront dans la situation que connait l’Afrique du Sud [1] actuellement.
Enfin, la prise de conscience politique et économique du réchauffement climatique ne fait que confirmer un peu plus l’urgence de la situation. Afin de minimiser les effets du réchauffement climatique, les pays signataires de Kyoto se sont engagés à réduire de -5.5% leurs émissions de gaz à effet de serre sur la période 2008-2012, par rapport au niveau atteint en 1990. Parallèlement, des mécanismes tels que le « mécanisme de développement propre » (MDP) ont été mis en place. Ce dernier repose sur la réalisation de projets qui permettent à des entreprises publiques comme privées de pays industrialisés d’investir dans des activités qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre dans des pays en développement, et d’acquérir des crédits en retour. Ils compensent ainsi leurs émissions grâce à ces crédits, qu’ils peuvent également vendre sur le marché (Powernext notamment). L’investissement de départ étant le plus important obstacle, on peut voir dans les MDP une véritable opportunité pour les pays africains en développement, qui recevraient ainsi une aide financière et un transfert de technologies non négligeables.
Pas de quoi se réjouir trop vite malgré tout, car l’Afrique semble quelque peu laissée pour compte dans les projets futurs. Ainsi, sur les 850 projets validés, 518 ont été développés en Asie notamment en Inde (289) et en Chine (131). 302 ont été enregistrés en Amérique centrale et latine dont 97 au Mexique et 113 au Brésil. Seuls 23 projets ont été développés en Afrique pour le moment dont 12 en Afrique du Sud et un seul porte sur l’utilisation d’énergie solaire. L’Afrique pourrait pourtant constituer un marché innovant en matière de processus énergétique solaire, mais il faudrait pour cela mettre en place des projets à l’échelle nationale. Les projets de petite taille tels que ceux évoqués plus haut ne semblent pas intéresser les investisseurs, qui portent plutôt leur attention sur des projets rapportant plus de crédits carbone .
Le développement de l’énergie solaire est ainsi en marche sur le continent africain. Il se fait pour le moment plus à l’échelle humaine qu’à l’échelle industrielle, mais les gouvernements réfléchissent sérieusement à mettre en place de grands travaux nationaux. Témoin de ce nouvel engouement, le Sénégal, qui réfléchit (certes depuis trois ans) à la mise en place d’une centrale solaire à Ziguinchor, la première au Sud du Sahara. La maintenance des équipements représente également une limite. Aux cotés de leur installation, il y a lieu de former les populations locales au maintien et à la réparation des dits équipements, à l’instar du Joint Energy and Environment Projects, une ONG ougandaise. Cette organisation a en effet ouvert un centre de formation à Kampala, avec l’appui d’une agence de développement Danoise, le Nordic Folk Center.
Malgré une logique qui veut que l’Afrique représente un lieu idéal pour le développement de l’énergie solaire par son positionnement géographique, elle reste une alternative parmi tant d’autre, à l’utilisation de produits pétroliers. L’énergie éolienne, hydraulique et a biomasse est également au centre des préoccupations.
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[1] Faute de n’avoir développé à temps ses grands travaux, l’Afrique du Sud fait face à une pénurie d’énergie extrême, l’obligeant à procéder à des coupures d’électricité et délestage réguliers. La compagnie nationale d’électricité Eskom indique que la situation ne saurait être rétablie avant 2013.